Sous le pont , adaptation de Guillaume A
Madame Pion, sous le pont coule l’histoire
Et de cet amour
Faut-il qu’on y comprenne
Cette joie trébuchante après la peine
Vienne Madeleine, sonne ce Bonheur
L’amour s’en va, même si demeure
Les mains dans nos destins, restons de glace
Tandis que sous
Le pont de nos ébats passe
Des éternels silences, l'onde s’efface
Vienne Marie-Louise sonne l'heure
Les jours en tombes, viles demeures
L'amour s'en va comme cette eau battante
L'amour s'en va
Comme l’envie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne Marie-Laurençin, sonne le cœur
Les jours s'en vont, on se meurt
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni amour revienne
Sous les ponts coulent, tant de peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours démons, mal au cœur
Ce que tu as fait, à mes yeux, c’est écrire un poème à plusieurs fonds de mémoire, où les références ne se livrent pas toutes au premier regard.
D’abord, il y a Apollinaire et Le Pont Mirabeau. Tu reprends sa structure cyclique, le mouvement de l’eau, le temps qui passe et l’amour qui s’en va. Mais tu ne fais pas qu’imiter un classique : tu lui empruntes sa musique pour raconter autre chose.
Ensuite, il y a les femmes. Madeleine, Marie-Louise, Marie-Laurencin — ces noms convoquent l’univers amoureux d’Apollinaire. Ils donnent au poème une dimension biographique, presque une galerie de présences féminines qui viennent répondre à la fuite du temps. Le refrain « Vienne… sonne… » les fait apparaître comme des figures appelées à comparaître devant la mémoire.
Et puis il y a Marie-Louise Pion, le pont des Mariées, près de Guillaumes. Cette rencontre entre un lieu réel et un prénom qui résonne dans l’univers d’Apollinaire donne au texte son étrangeté particulière. Le pont n’est plus seulement celui de la séparation amoureuse : il devient le lieu où l’amour, le mariage, la mort et le souvenir se croisent.
C’est cette superposition que je trouve la plus réussie. Tu ne racontes pas explicitement la tragédie de Marie-Louise Pion. Tu laisses le lecteur la découvrir derrière les mots. Le poème peut donc se lire de deux façons : comme une variation sur Apollinaire, ou comme une élégie plus secrète, chargée d’une histoire que le lecteur ne connaît pas nécessairement.
Il y a toutefois une distinction que je ferais. La force de ton intention est plus évidente que la maîtrise de chacun de tes vers. Certaines formulations me semblent très fortes, notamment :
Comme l’envie est lente
Et comme l’Espérance est violente.
Là, tu dépasses la référence littéraire pour trouver une expression personnelle. L’opposition entre la lenteur du désir et la violence de l’espérance contient une véritable pensée sur l’amour.
En revanche, « Les jours démons, mal au cœur » me paraît moins abouti. La formule surprend, mais son sens est moins richement construit que celui des vers précédents. Je ne chercherais pas à tout corriger pour autant : l’irrégularité fait aussi partie de la texture du poème.
Un point me semble particulièrement important : les références biographiques et historiques ne produisent leur plein effet que si elles sont exactes et perceptibles. La présence de Marie-Louise Pion peut donner une profondeur singulière à ton texte, mais le lecteur qui ignore cette histoire ne saisira pas nécessairement le lien. Ce n’est pas forcément un défaut. La poésie peut parfaitement conserver une part de secret.
Mon opinion, au fond
Je trouve ton texte plus intéressant par ce qu’il fait résonner que par ce qu’il raconte directement. Il met en dialogue Apollinaire, ses amours, une jeune mariée et un pont des Alpes-Maritimes. L’eau relie ces histoires sans les confondre.
Et j’aime surtout que tu aies choisi de ne pas raconter la mort frontalement. Tu laisses le temps, les noms et les refrains faire leur travail.
Je ne dirais pas que chaque vers atteint sa cible. Mais je pense qu’il y a là une vraie intuition poétique : faire d’un lieu réel le point de rencontre de plusieurs mémoires amoureuses.
Ce n’est pas simplement un hommage à Apollinaire. C’est une tentative de faire passer son poème de l’autre côté du miroir, là où les mots continuent de couler alors que les vies, elles, se sont arrêtées.
Conte l'autre fois
Il était dans ce petit village,
L’ocre azur, l’autrefois,
Passant sur chaque rivage,
Même les remparts grondaient de pourquoi.
Il gravait à toutes ruelles,
Sa peur, la belle.
Il était une fois,
Ce rayon de milliards de fois,
Un phare au bord du pourquoi.
Il rêva là quelques instants,
Avant que réalité n’achève tout,
Spleen de firmament,
La nuit emporte le destin.
Il était dans ce petit village,
Parfois, pourquoi pas,
Sur ce banc, l’image
Qu’un rêveur glas.
Pourtant, au milieu de leurs racines,
Dans le secret de l’émoi,
Restait souvenir, ce premier baiser.
Peur d’Aimer
Là où finissent
Là où se hissent
Il y a ces rivières
Ivres de virages
Emportant les images
Mirages d’hier
Et au jardin des Poètes
Large ligne d’écriture
L’horizon de son visage
Là où s’échappent
Là où frappent
Il y a l’écume
Noeuds de remparts
Protégeant ce fou
De l’Amour, phare
Et au jardin des Poètes
Haute colline, suture
Lumière de son visage
Là où finissent
Là où s’échappent
Il y a Salis
Tous ces rêves d’azur
Comment alors, vap’,
Que de ratures
Et au jardin des Poètes,
Fond de ligne, aventure
Je retrouve son visage.
Au large, l'horizon
La vie apprend chaque jour,
À chacun, différent parcours,
À chacun, danses d’ignorance,
Nul ne sait, sinon défiance.
Hier, nous avions tant d’illusions,
Des rêves suspendus aux saisons,
Qu’aujourd’hui, nous voulons encore croire
À ce qui demeure au fond du noir.
Aux corps, à l’éternel happy,
Aux efforts promettant paradis,
Même si demain, plus fort encore,
Nous frappe aux épines de l’aurore.
Et de ces blessures, dans ce silence,
Éclorera peut-être, avec patience,
Une rose bleue, fragile et rare,
Un éclat d’espoir dans nos brouillards.
L’entre-nous, signe d’équanimité,
Subtils parfums, regards dissimulés,
Dame de mer, sur la terre des nuages,
Flotte l’errance au pays des mirages.
Hier, nous avions tant rêvé,
Qu’aujourd’hui, de pluie délavée,
Emporte au loin nos espérances,
Comme tant, navires en partance.
Aux ports, les amarres larguées,
Les vieux repères oubliés,
Et dans le fort, carré de certitudes,
S’effacent une à une, nos anciennes habitudes.
Même si demain, plus fort encore,
Le vent disperse nos trésors,
Il restera, contre le sort,
Le souhait meilleur, plus grand que l’or.
Vivre pour comprendre le véritable amour,
Vivre et chercher, de nuit comme de jour,
Dans le jardin des poètes,
Une prose de velours, douce et secrète.
Dame de mer, sur les remparts
De la Rêvéalité, quelque part,
Tu tangues aux flots, de toutes parts,
Comme un songe échoué dans le brouillard.
Hier, l’artificier des mots,
Allumait milles étoiles sous la peau.
Aujourd’hui, au fond des mots,
Il cherche encore ce qui brûle de trop.
Au phare, chapelle de foi,
Une lumière veille encore en moi.
Mais lorsque vient l’heure de l’effroi,
Il est parfois trop tard pour croire.
Demain, les cendres dispersées
Iront rejoindre nuées de marées.
Et la mer, immense livre de regrets,
Tournera ses pages sans jamais parler.
La vie apprend chaque jour,
À chacun son différent parcours.
Et lorsque s’efface l’espérance,
Il reste l’Amour, ultime évidence
La cause
Sauriez-vous la cause ?
Le problème serait
Si seulement j’ose
Écrire cette calamité
La vie prendrait
Le cœur serait
Mais non, mais non
Mais non non non
Seriez-vous la cause ?
Le problème serait
Si seulement, oses
Vivre la calamité
La vie prendrait
Le cœur succomberait
Mais oui, mais oui
Mais oui oui oui
Le soleil se lève toujours
La nuit, reste l’Amour
Le désir téléphone
Le répondeur résonne
L’infinie absence
Immense…
Alléluia
Les jours aux nombres
Ne font qu’ombre
Les nuits qui
Vide aussi
Hier à demain
La pierre en main
N’en jette l’aurore
De son corps
Si les yeux reflètent
Aux lèvres le désir
Judas regrette
T-il, long satyre
Fou, eux, Toi
Nous, vieux et moi
Chante l’allez
Chante l’allée
Pas de retour
Pas d’Amour
Ciel sourd
Cœur four
Baux de l'air, l'impure pensée
Où va-t-elle ?
Quel but pour horizon ?
Où terminera-t-elle ?
Lignes sans fin, pourtant ?
Que fera-t-elle ?
Quel cri en terminaison ?
Que dira-t-elle ?
Accomplissement ?
La vie à l’aurore,
Sans mode d’emploi !
La vie et corps,
Sans code d’un toi !
Ainsi le jour à nuit,
L’amour l’ennui !
Et tant, à l’infini,
Qui pourtant fini !
Alors toi, lit maux
Mue en mots, hauts
Lumières à l’âme
Bonheur de rires, baux
Seconde vie au loin
Au soleil du haut, l’Amour
Au soleil du bas, drôle de four
Allez savoir qu’entre,
Apprendre, contre la montre
Pas le droit d’oublier
Pas le droit de se tromper
La vie entre, découvrir
Comprendre avant
Avancer même enfant
Sinon à trop souffrir
Au soleil du haut, l’Amour
Ce soleil du bas, sans retour
Allez savoir ce qu’il faut savoir
A part prendre ses devoirs
Pas le droit de regretter
Pas le droit de s’éterniser
La vie avec, souffrir
Pour du bonheur à vivre
Elusive coeur
Toi, seconde avant l’heure…
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Toi, tu sais, amie
Tu tais, enfouie
Toi, tu hais, fini
Tu sais, parti
Loin,
...
Mat-in
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Au matin, rosée de fleurs
De couleurs, mer veille
Même si de bon’heure
Ressentir ce parfum, miel
Combien d'vaisseaux écumèrent
Où bouit l’eau, supplice d'Tantale
T’es, tasse d’aspir'étale…
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Chaque matin, rituel loveur
Ramasse fils de vers, assis
Sur ce banc, remparts d’cœurs
Ressentir l’embrun poésie
Que mes doigts tissent à défaire
L’entité des trois, coups de poing
Pleure l’enfant, rit troubadour, en vain…
Matin inéluctable
Là, au bord du chemin,
J’ai entendu, capharnaüm...
Même si ce fracas...
Les yeux, pollens du glas,
Défunt, paroissiens.
J’ai perdu ; en vain,
Même si trop loin,
Le souffle d’hiver...
J’ai entendu prières
Au nom du Père, Saint...
Le ciel s’obscurcit...
J’ai attendu aussi
Ce bruit du Roi,
Ce silence d’émois...
Tonnerre d’essaims...
Ainsi la mort, ce refrain
L’Éternel, destin;
Terrible écrin...
J’ai attendu en vain,
J’ai aimé sans fin...
Viens l’inhumation...
Matin d’azur, attraction;
Vacille l’au revoir fragile...
Ainsi l’amour, fossile
Pierre d’affections...
La lune caresse la terre,
Soleil jouant colin-maillard;
Ses mains, en croix, jachère
Ne réchauffe ni enfant, ni vieillard...
L’âme engloutie, plus rien…
Qu'invincible Amour...