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IV

 

Passe le jour sur le roulis, tasse la nuit sur mes discours.

Jamais la nuit aux étoiles, je ne cesse de leur parler de mon arrivée.

Alors sur le mat qui fait aussi office de pinoche, au canif, j’ai gravé ces quelques mots.

Les astres sont mes témoins, j’ai mis leurs présences pour éternité.

 

Si ce monoxyle poursuit sans moi, de ces mots, j’aurai gagné ma plage.

 

 

Au soir, les étoiles tombent mortes
Leurs couleurs martèlent ma porte
Assis au coin d'un âtre crépitant
J'écoute cette pluie tombée lentement
Si lente chute des cieux éprouvés
Si longue à d'autres, me voilà ridé

J'ai réussi à franchir le temps
Mais à quel prix
J'ai bâti à force cette lie
Mais pour quel présent ?
Et si demain je pars de vie
Seul, restera cet écrit.

 

  

J’ai appris ces phrases tant je les lis et relis sans cesse.

Lorsque la lune les éclaire et que tourbillonne cette pluie d’étoiles filantes, je sublime.

Pas de besoin à dormir en ces moments là, tant la chaleur m’entraîne d’insomnie. Et quelques bruits rythment alors cet instant.

La mer danse avec l’événement.

Pas de floc pour écumer le fond de mes pas. Pas besoin de plus pour que tout tourne.

Et je tourne sur moi-même pour chavirer à l’ivresse.

Ligne de flottaison, je marche sur l’eau tant la piste miroite de musique.

Aucune substance ne remplace cette sensation de sublimation.

Nature et profond, il y a en moi, un poète dormeur qui s’éveille aux coups et à l’incompréhension…

 

 

Lorsque les premiers rayons de l’aurore transpercent cette communion avec tous ses fantômes, je demeure le regard figé à l’horizon. Je me console en me convaincant que là-bas, à n’importe quel moment, je saurai vivre cette chaleur.

Cette plage qui prépare des banderoles, des colliers de fleurs pour m’accueillir doit avoir une tour pour me voir venir.

Une tour enchevêtrée qui m’attend depuis mon tout premier cri. Ce premier souffle qui l’a pousse à s’ériger, à être ce phare m’happant si je ne le vois plus qu’au rétroviseur.

 

De cette flèche, je suis en pointe, sa direction. Il y a toute une pénombre, des écueils de souffrances sur cette tige marquée.

Et si j’allume mon cierge, de ce bout de flambeau, il s’y projette, un morceau de vision, plage de douceur.

L’échouage se fera au matin glin-glin, et le cœur emplit à n’y voir plus qu’un habitant dans sa masure.

Aucun mur ne fera tenir mon toit.

Aucune fenêtre, aucune autre pièce que la principale.

Masure ou je pourrai enfin, d’un hippy goupil, dessiné le plus beau poème en quelques mots.

En attendant, j’ai préparé l’enveloppe affranchie avec le nom de cet asile et dedans j’y glisserai ces mots.

Et vous y lirez tous, ma voilure d’ailes.

Pas d’ange, juste un poème à mots, juste un poème contre maux sur des lyres à délire…

La dune au doux d’un vent à entasser le sable pour ne pas s’y dissimuler. Cette tour m’attend, encerclée de coquillages, d’étoiles de mer, et de crustacés sirènes.

Oh non, pas de celle que vous imagez ! Pas de ces sirènes à biguine ! Juste des sirènes aux chants idylliques, envoûtant toutes mes souffrances pour qu’en vent, ils me propulsent toujours plus haut.

 

Cela vous est-il concevable ? 

v

 

Alors tout ce qui s’amasse, agrandit la tour de contrôle, pour qu’au loin, je la voie.

De cet endroit, je sens la vague mourir dans un coulis d’écumes.

J’entraperçois des arbres chatoyants, élancés, entourés de verdure, quelques roches sculptées de chroniques, escarpant le récif. J’y songe souvent, trop sans doute pour maintenir un cap.

 

Aimant la mer malgré tout son salage, il m’arrive parfois de lui parler pour tenter d’apaiser toutes ses larmes. Je lui rappelle sa source, ses belles montagnes où elle naquit dans la douceur de la roche. Filet d’un ru, de veines transperçant les entrailles de la terre.

Je lui conte toutes ses ramifications qui la font voyager à travers ces longues plaines champêtres, ces hautes forêts aux racines caressant sa course effrénée. Qu’elle parcourt tant de limon et de sédiment, l’enrichissant d’une force inouïe.

 

Alors des tempêtes me répondent de plaintes, de souffrances, toutes les pollutions qui obscurcissent son arrivée. Et que même après tout ces calvaires, on continue à lui déverser les souillures qui la polluent de candeur.

Qu’en mère, elle y voit mourir ses progénitures qui peuplent ses fonds. Que sa colère gronde, qu’elle s’échauffe, menaçant à même de renfermer le ciel en une gigantesque lame.

Face à tant de détresse, je comprends alors cette force salée, tant de larmes, de détresses.

Je lui ai souvent proposé de me prendre pour nourrir les orphelins que la civilisation cause.

Son refus est une forme de punition à mon charisme.

Pourtant, entre elle et moi, on se parle de certitude à parvenir à une fin heureuse.

D’une mère qui grandit et voit ses rêves anéantis par la mondialisation. Eux qui se croient alors plus heureux sur leurs rafiots. J’ai secret qu’ils profitent tant l’avenir n’aura plus qu’un seul fond.

Certitude à me faire pire qu’à la mort, témoin impuissant sur toutes nos souffrances.

 

J’amasse des algues, de nourriture en feuilles que j’enlie pour y écrire à l’encre qu’une pieuvre généreuse m’a offerte en se donnant au filet de ma chasse.

Si vous parvenez à lire ceci, sans doute, délires vous feront en sourire croire à une ineptie.

Futur sera aposté la véracité de mon récit.

Préparer votre rafiot, la nature reprendra ses droits. Au somme de votre croyance, surgira l’écho de sa voix.

Sourde et géante, elle reprendra jusqu’à la moindre racine de vie, ceux qui l’ont manipulée.

Aujourd’hui, je sais qu’elle me prendra aussi, bien que je la respecte en lui offrant la sagesse que je ne saurai parfaire. Trop de souffrances ne peuvent se guérir par des actes.

Maintes fois, en murmure, je lui exprime mon regard à savoir pardonner. J’entrevois alors des lames de fond surgir, projetant mon esquif loin de ma route. Et malgré cela, comme si plus rien ne m’affectait, je continue, lui donnant qu’à la souffrance, la guerre n’apaise jamais les plaies.

L’illusion de croire alors guérit. Je lui clame l’indulgence à colorier ses maux par des sentiments plus beaux encor. Elle fait silence et parfois quelques poissons viennent à s’échouer, me donnant là, esubsistance à demeurer témoin.

Quelque fois, elle me souffle quelques idées aux reflets de sa blanche écume. Je crois qu'aujourd’hui je demeure lier tant elle m’apporte en cette solitude marine, une part de mon rêve.

Lorsque ma main caresse sa surface, j’ai l’impression de toucher une Joconde tant elle reflète à mon timide sourire.

Si un jour, j’atteins ma plage, elle me manquera ; sans doute, voilà une raison qui retarde mon arrivée.

Et même si cela parait au syndrome de Stockholm, j’ai le même saleur qui embrume le ciel.

L’existence me rend réfractaire à croire. Ma foi se perd dans les actes destructeurs que tant commettent sans le moindre remord !

Triste d’écrire d’encre « pieuvreuse » les pleurs et les grimaces de l’enfer tant l’amour ne trace sur ces vagues.

 

Alors souvent je sifflote :

 

 

 

Adieu blême plage

Dune d’une page

Où mon éternelle croix

Plane sur bout de bois

Mon linceul

Qu’elle ne me veuille

La mer m’accueillera…

  

 

 

VI

 

Voici un autre matin, un nouveau mais pareil à ces anciennes aurores. Le ciel se colorie indélébilement. Un rayon m’annonce la fermeture des astres.

Assis les pieds dans l’eau, je barbote à remémorer de souvenirs d’embrun le jadis qui me rend ainsi.

 

 

De l’enfance qui surgit, mon rafiot s’attelait à ma famille.

On voguait, lier et unis sur les tourmentes qui ont érodé ma vision.

Cette chute en élastique du haut du mat, cette naissance à me retrouver sur ce frêle navire, ce déchirement du premier cri que l’on raconte, il est en moi encore et toujours. Cette solitude qui se lie de silence à n’être qu’un. Cette enfance où d’incohérence, j’avançais sans savoir. Ces plaisirs incontrôlés à ne pas comprendre, le regard toujours baissé de peur de paraître inexistant. Mal d’être à ne vouloir imposer ce que je ne voulais qu’en retour, on ne m’impose. Pacifiste, je sais un peu le pourquoi de l’océan pacifique.

 

Sobre enfance entre une mère à bâbord, choyant et doucereuse. Manque la communication à hisser un décodeur entre elle et moi. Je suivais le chemin des écoliers, apprendre sans savoir. Le cœur à se dire, pourquoi suis-je là ?

 

Vivre et ne pas comprendre les règles.

 

Douloureux apprentissage, enfermé dans ma chambre, je mettais la musique en sevrant mon corps d’une danse sensuelle. Rien à voir avec un rat, plus une statue à l’état brut. Tourmente à l’approche d’une fille. Mes yeux regardaient le sol, tant un puit m’aspirait. J’ai tout comme tant, l’introverti à ne communiquer qu’avec mon oreiller.

Et à tribord, mon père, travailleur émérite depuis son enfance. Offrant la sévérité et l’ordre, ma droiture prend racine de cette éducation. Comme un fleuve, il a coulé des règles de vie, d’hygiène à suivre à la lettre. Terrible sanction à son regard si le ru déviait.

 Mes parents m’ont donné cette magie à m’épanouir même si ils n’ont jamais entraperçu les orages qui dominait sur mon sentier caillouteux.

 Mon silence à partager mes pensées demeure la cause à cette ineptie. J’ai appris aujourd’hui que le langage consume les peurs et anéantis le vil en chacun de nous.

 

 

Parler c’est l’autoroute à la guérison.

 

 

L’adolescence avec ses tournis, les maux au cœur. Des coups pour apprendre à défaut de comprendre. Les pulsions qui tanguent et obligent sans cesse à nettoyer le pont tant l’eau envahit l’être à tout bord.

 

Les échecs ne demeurent pas des échecs simplement des brumes qui ne correspondaient point à ma destinée.

 

Aujourd’hui, sur le rafiot qui berce ma nuit, de secrets à ne rien raconter, je m’aventure à retranscrire ces bouts de mon pagne qui parfois furent mon bagne…

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