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I

 

Qu’il est terrible de vivre ainsi.

 

Moi qui de jeunesse désirait la plénitude, d’offrir des pétales de coeurs aux êtres. Tant d’espoirs à partager les couleurs dans les voilures du bonheur ; j’écris là, ma vision sans correction.

Le vent de l’existence chasse tout ce qu’un regard apporte vers l’horizon.

J’ai des douleurs immenses aux silences qui clonent ces barreaux à interdire de voir les contrées. Mes ailes sont plombées, mises sous-scellées, sans doute ai-je omis de préserver contact avec la réalité. Celle-là même qui m’aspire aujourd’hui dans un vil combat que je ne veux point.

Dans cette lutte d’absence printanière, j’arbore malgré tout de surprendre à cette ligne aspirante, d'un immuable bonjour, vase communicant, mêmes pensées. Certes que des uns aux oursins de poches à d’autres aux regards de plombs baisés, n’acceptant que peu et plus au moins de ceux aux cailloux veineux, tant leurs cœurs  fleurissent d’intérêts…

 

Comme l’albatros qui se métamorphise si bien à l’ange. Il n’est plus qu’un pantin titubant, recherchant une plage de sable pour y décoller. Attristé, je fonds dans l’eau tant le bleu y attrait. Je m’y noie dedans.

Il y a tant de navires passant autour, tant de fanions, cependant aucun ne me voit, je crois bien que j’ai coulé dans l'invisible, voilà pourquoi…

 

Et je regarde le ciel, je n’y vois plus qu’un désert.

 

Ni soleil, pas même un nuage dessine pour moi, une esquille.

Cahincaha , preuve que j’ai volé durant des années sans voir haut en ce monde glas.

 

Les étoiles de la nuit m’ont abandonné, pas une a resplendit au fond de moi. Aucune guide mon être. Aucune d’elle reflète mon âme. Me délaissant d’inintérêt à leurs pourvois de matérialité, l’errance guide en proue ce long périple. 

Et aujourd’hui, sous ce plafond d’illusions, j’essaie d’être meilleur. Un locataire qui tente simplement l’impossible pari. Alchimie spirituelle à faire de l’eau fraîche pour apaiser mes brûlures.

 

Terrible constat que de se sentir seul, si seul à travers ces milliards de radeaux.

J’avance aux flots cabochards, quelques pas suffisent à faire le tour de ma masure. Et si vous montiez à bord, vous verriez l’usure du ponton aux traces crevasses de mes pas. Que d’obstinant en entendement, j’ai erré sur le même pas d’antan.

Aux fantômes, vent d’autan souffle autant sur moi, la folie aggrave ma médicamentation à tenter le soulagement de mes maux. Et de bancs de sable au soleil témoin d’un transit perpétuel, rougeâtre rage à ne point démâter mon entendement à vivre sur ce fil d’horizon…

 

Quelques âmes chères de sentiments, de convictions acquises aux promesses de mon éducation me permettent d’espérer. Foi de pouvoir enfouir sous un arc-en-ciel, le chaudron magique de mon existence. 

Dans ma cassette, j’y remplis au fil des pensées, les couleurs d’essence que quelquefois, on me fait don. Et si un sourire comme une poupée toute maquillée se fait offrande à mon regard, je le photographie en mes livres de souvenirs intérieurs.

Parfois aux souffles écorchés d’un désespéré livré en haute-mer, pour lui venir en aide, je lance cette bouée de pensées. L’illusion du bonheur captive l’espoir d’un meilleur lendemain. Traîne en cette école de vie, la foi à clamer quelques miettes bonifiées.

 

Et dans ma tête, je perds foi d'y croire tant je ne vois plus qu’avec mes yeux. Que je n’y  aperçois que l’enfer des défauts, l’envers de mes maux.

Et le peuple vivant dans ces flots mentalise une vision dénudée de sentiments. On prend, on stocke, jamais on ne donne. Tel est ce monde matériel où je vis.

Stock-option fabulatrice…

 

Doit y avoir une méprise, je n’ai pas du être projeter sur la bonne planète où pire alors, reincarner pour vivre l’enfer d’une vie passée, je perds pieds et raison.

Alors bien que mes yeux s’inclinent, que mes mains s’engourdissent, mon âme, lui accuse le coup.

Vivre cela, inclinaison destructrice.

 

Sans doute qu’à travers cette souffrance, je puiserai en solitude, les ingrédients à en ressortir plus fort. Diable qu’il tenaille, sur ce radeau si étroit où je me terre en petit enfant.

Les vagues, parfois berçantes parfois malignes, m’amènent à cet inévitable déclin.

 

Mourir n’est pas la peur qui obstrue le phare de mon existence. Cette lumière que je recherche tant pour me diriger vers elle.

Tantôt à gauche, elle scintille jusqu’au mirage de l’avoir vue.

Tantôt à droite, elle m’appelle de chants stroboscopiques, et si près d’échouer sur sa rive, l’éphémère.

 

Des rives étrangères, je lis le récit des âmes transcrivant qu’ici ou ailleurs, la même sève nous pousse tous à cette plage. Des philosophes en somnifère, des amoureux en arc-en-ciel ou des niaiseries d’espoirs pour ne pas dépeupler via suicides.

Alors depuis les yeux clos, je rame avec ces bouts de peines, je pagaie à perdre force tant les courants existentiels m’éloignent de l’idylle rive.

Ce banc de sable, là où mon âme peine à décrier tant il y a l’indescriptible.

Et malgré les contre-courants, malgré orages et tempêtes, je continuerai. Je n’abandonnerai pas sur cet océan buvard.

 

Le rêve que j’ai, je sais qu’il m’attend sur cette lagune. Alors même si des filets ralentissent mon radeau, même si les requins mordent mon embarcation, j’y arriverai.

 

Tout seul sur ce rafiot, mon âme chante pour souffler dans cette frêle voilure.

Buvant d’eau, le salé de leurs glaires, mangeant frugalement le ranci de leur pain, je subsisterai.

Mon souffle perdurera jusqu’à cette plage.

Qu’importe le firmament où fébrilement, mes pieds toucheront lune de rêve. Les larmes s’uniront à la saline du sable tourmenté par mon agitation.

 J’aggraverai mon radeau ; et sous soleil dominant, je tracerai mon corps sur sable. Inerte, je regarderai en enfant, ce pourquoi tant de jours et de nuits m’ont conduit là. Je regarderai avec la brise candide de l’innocence. Aucune pensée ne sera à trahir ce lieu. La perversité des reproches d’antan au toujours n’appartient point aux caractéristiques de mon radeau. Merci de faire repères à l’hystérie de la planète, d’eau en mouvements de courants alternatifs, rien ne définit ce bout de moi à cette écluse.

 

Et un matin, à cette aurore qui me fit don de naître sur terre, je déploierai mes ailes si frêles, si archaïques…

Dans le mirage de vos croyances, je m’envolerai aussi haut que personne ne pourra prétendre savoir ma position. Et de vie, tout là-haut, je connaîtrai la plénitude aux voûtes célestes du poète.

 

 

Pourquoi ne pas m’envoler avant de ce radeau, pourquoi ?

 

La réponse est simple à mon âme, pas à la vôtre ?

 

 

 

II

Aujourd’hui à la trente-septième année de navigation, sur les tam-tams que mes pensées formulent, j’extravague toujours au vent des étoiles partitionnées. Catalogués, répertoriés dans le livre de la quatrième planète, à quoi bon redire que les grands sont tout a fait extraordinaire.

Il y a parfois, des matins où je me crois ailleurs. Tellement, il y a tant de points cardinaux en ma peau.

S’éveiller dans cet Eden, cette plage d’où naît la plénitude.

Quelle sorcière d’existence à me faire avaler cet espoir. Parfois, les yeux clos, je fantasme à une fin plus au moins heureuse tant je voudrais parvenir à ce point qui se rapproche de plus en plus de moi.

Jamais, mit à part carte postale, je n’ai esquisse de me savoir tout proche.

Jamais, il ne vient, me narguant d’être le seul décideur.

Hier encore, je suis retombé du radeau. J’ai nagé pour rejoindre l’embarcation mais mes jambes refusaient de m’obéir comme si, le fond devenait le seul appel.

Une survie que je ne saurai décrire, d’agitations, j’ai regagné ces bouts de bois.

Et là, flottant dans le marasme de mes pensées, j’ai pleuré.

Des larmes incontrôlées, une marée surgissant, m’éloignant encor plus. En chaque effluve, des suantes évasions, j’ai tant d’envie à vivre au plus beau. Tous ces nuages qui emplissent mon âme brument ma volonté de persévérer.

Des heures durant, j’ai eu la tête sous calcul, tellement de données, tellement.

Pensif comme la fleur qui germe jusqu’à éclore de quelques couleurs, la nature laissant surprise et admiration parfois.

Et ne cesse mon regard au ciel, j’ai dessiné sur les nuages mon énième tourment.

Sartre a écrit que de ne pas vouloir penser, fut déjà une pensée à ne pas penser…

Pourquoi tout ce qui se reflète ne se croise pas dans les discussions à orienter le cap de leurs plages…

Tant d’années à vouloir, je crois bien que je ne suis qu’un Don Quichotte des mers.

Que le vieil homme qui défendit sa vie dans une frêle barque à l’encontre d’un thon, s’assemble de similitude à mon être.

Oui, toutes ces heures de solitude me pèsent, beaucoup de mal pour pas plus qu’un petit peu…

Pourtant aucun combat envers autrui ne tangue sur mon monoxyle, ni poudre de canon, ni lame, juste cette poudre de perlimpinpin à voguer vers cette plage.

 

 

Quelque fois, des navires d’horizons divers me jettent des victuailles, des bouts de pains, des brides de mots sur des cordelles sans tressage. La rencontre éphémère de ses grands rafiots, des titaniques pour parcours charme ma vision de tisser une toison d’or. 

A leur bouée, je me refuse de prendre part à leurs aventures tant il me parait vain et sans avenir.

Le tube cathodique de leur société m’aspire à ne pas m’engouffrer dans leur télécommande. Il y a trop d’automates de Maelzel qui de mon avis, cache toujours en leurs tiroirs, un spectre de manipulation.

Souvent comme une explosion, de celle qui transfuge le ciel en boréal éclairs, se marge au large de ma route. J’y aperçois des anathèmes d’échouages, des marins pieds et poings liés à ce sombre enfer dont la mer a secret.

Quelque fois, quelques uns rejoignent mon radeau. De mots en regards chaleureux, je leur apporte cette illusion d’un rêve. Croyance qu’une vie se déroule d’accidents, qu’ils reconstruiront de nouveaux des grands navires avec plus de grandeur et de listons à tout abordage.

 L’assurance mire en mes propos, la conviction qu’en replongeant dans cet océan, ils vaincront leurs peurs de sombrer.

Jamais aucun n’a partagé ma voilure en soufflant vers cette plage. Je crois que l’on vit tous pour un rêve à soi.

 

Est-ce de l’éphémère, de la croyance pour survivre ou est-ce un programme enregistré dés notre conception…

 

N’empêche que seul sur ce radeau, je souffle pour aller là où mon âme me guide. Histoire de savoir avant ce dernier souffle, la fin de l’histoire.

 

 

III

 

Je me rappelle aussi d’un Calypso, cet esquif qui a prit des bouts de mon radeau pour poursuivre son cap. Il y avait plus qu’un simple morceau de matière entre mon rafiot et le sien.

Celle qui naviguait aux courants de tempêtes, là où la foudre la privait de matrice pour agrandir son espace intérieur. Elle avait pourtant la carte du ciel.

En son regard, une boussole indiquait une multitude de plages. J’ai parcouru en ces lignes des mirages à y voir la mienne. J’ai voulu suivre ce cap en prenant à contre voilure cette direction. Ma dualité a contre carré cette destination. Shooté en manque de je ne sais quoi, j’ai trop marqué d’arrêt, trop de questions à feeling… Dans les sentiments, comme un ecstasy qui tarde à faire effet, je suis en manque de cette effigie.

En vagues de portées, je me suis rendu à l’évidence, qu’à travers son sourire, je voyais une trace souillure laisser sur un dock passé. Evidement, rien ne ramène le passé. Evidement, tout n’a voile mécène surtout dans les sentiments. Sur la poupe du radeau, face à l’adversité, s’affranchir m’aura trop détruit sans que je puisse diriger ma barque. Alors certes, les émotions prennent le courant ascendant, tant la détresse paraît un sans fond de bouteille. On se croit tous différent, mais on a tous la même niche. Les mêmes puces qui fourvoient cette perfectible Amour.

 

Trop de peurs, trop d’incertitudes. Je ne sais encore aujourd’hui donner la cause du désamarrage. Pourtant auprès d’elle, cette lune qui éclairait les Bermudes m’offrait des festins de rêve.

Sans doute, trop de sel brûlait en elle. Son port d’attache devait trop lui manquait, tant elle s’attardait à regarder derrière.

Je lisais en elle, tant de peines, de souffrances comme tous ceux qui eurent à partager ma voilure.

Son silence ne portait nulle bise sur ma voilure, me laissant trop méditatif à devoir ramer pour rester à ses côtés.

Soleil au soleil d’avant, la confiance s’essouffla, la direction au silence fut notre duel à ne pas se dire au revoir, tant le sel coulait en mes veines.

Cause désespéré, vivre d’alternance pour se réveiller en pire ennemi. Pas assez d’espace pour définir le mal être, tant la guerre que je dénie, a fait force et rage en moi. Une guerre contre soi. Déséquilibre à toute arrivée…

Parachevant ce lien, j’ai appris qu’il n’y avait de seconde chance en liaison avec le cœur. Ce qui part, ne revient jamais.

 

Là, en ce Calypso, elle est repartit vers d’autres radeaux. S’allier à un autre dérivant vers son horizon, tant elle ne savait où situait la sienne.

Pourtant, je sais qu’en elle, la carte de son île y était inscrite.

J’espère qu’un matin, au reflet d’une houle, elle se verra.

Trouvant là, sa route jusqu’à sa dernière vague.

Je le lui souhaite tant le peu de présence qu’elle m’offrit, emplit encore les soutes de mes entrailles.

 

 

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