Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

 

 

Il est tombé comme l’arbre dans une immense forêt.

 

Certains qui s’y abritaient, se rendent compte de son absence, de cette écorce qui reflétait tant d’une existence apaisante et conviviale.

 

Le vide qu’il laisse, abattu par ce chancre de cancer,  laisse une place béante. Les souvenirs s’engouffrent en tournis. Et nombre de ceux qui  oublient consciemment ou pas de sa présence auprès de nous, profitent à leur manière ; en somme,  leurs racines s’embourbent.

 

Nul doute que ses branches devaient "salir" leurs murs pour qu’ils n’aient plus rien aujourd’hui de sa présence bienveillante, de ses feuilles d’amour qui laissaient s’envoler vers nous au fil du temps.

 

L’absence des arbres tombés permet au monde de regarder ailleurs, ainsi comme un lierre coureur, vestiges dissimulés.

 

Souvent dans sa plénitude, l’arbre fredonnait entre ses feuilles attristées, dans sa pudeur, que d’avenir ses racines ne pourraient nourrir tel partage. Et des lors que son jeune arbre aurait pris de sa grandeur, l’équilibre lui serait offert.

Cependant l’arbre pleurait d’une sève épaisse. A chaque coup subit, il acquiesçait ce destin malchanceux, penchant de plus en plus vers le sol des aïeux, terre nourricière venu bien trop tôt.

 

Il avait conscience tout en maintenant sa résistance de ce présent qui n’apporterait substance appropriée à l’épanouissement de son descendant. Impuissant, la vie en forêt porte les stigmates de l’atrocité perverse, cela malgré mariage des essences… 

Toutes ces feuilles, tombées au fil de son existence, compost fertile d’amour, de bonté, et de souvenirs à réchauffer l’éternel printemps. Que de souvenances, de cet arbre tel la chanson de Cabrel qui écrit :

 

Y avait pourtant tellement de gens

Qui s’y abritaient

Et tellement qui s’y abritent encore

Toujours sur nous penché

Quand les averses tombaient

Une vie d’arbre à coucher dehors…

 

Je me souviens qu’avant qu’il ne tombe, de sa main dans la mienne, branches enliées, il m’a transmis cette force à vous écrire, de la vie à la mort, il y a ce présent. Qu’il est indispensable de profiter de cet oxygène pour colorer et peindre ses rêves terrestres sur la toile éphémère de la vie. Il m’a électrisé de picotements juste avant son grand sommeil.

 

Et chaque « picoti », étincelle de lumière, soutien qu’il m’a tant offert. Ses branches s’étendaient en essayant toujours  d’être le plus protecteur auprès de ceux qui venaient écouter ses comics ; lui qui a toujours eut une blague, une anecdote ou une rhétorique à hisser nos lèvres.

 

Il a été d’un arbre, fait d’un bois respectueux où l’essence des mots : famille, amitié, respect possédaient un aura fort. Il  avait une force intérieure qui rendait tout cela noble au sens généreux qu’affectueux. Plus que des mots que l’on peut tartiner avec ou sans hypocrisie Tartare.

Nos disparus qui n’ont plus de moyens de répondre aux attaques, savent ces valeurs fondamentales.

 

Il désirait surtout être auprès de nous tous sans gêner dans cette immense forêt.

 

Lui, l’arbre avec les oiseaux dedans, avec l’échelle apposée,  chantait et glorifié le bonheur. Comme un battement, pour convoler l’existence à chaque instant, chaque saison, il se ressourçait.

D’évidence, il a émergé pour nous offrir bien plus. Sa sève jusqu’à ses extrémités même amputées, le rendait incomparable et le promeneur qui le croisait, repartait avec cette image d’un moment céleste que l’on grave sur l’écorce, de flèches et de cœurs…

 

Mon frère d’arbre, tombé sur un chancre incurable, luttant jusqu’au bout, retardant le plus possible sa chute en traversant des nuits de combats héroïques alors que  le vent de propos soufflait en sa défaveur, bûcherons improvisés dans leur guérit.

Fièvre à retenir mes mots, maux d’une impuissance existentielle.

 

Tout arbre avant même de tomber, démontre les branches parasites avoisinantes, voulant prendre place, occuper ce qui ne sera jamais à prendre. L’arbre même s’il disparait, ses racines demeurent comme les traces de son amour, de cet chaleur à fortifier ceux qui le côtoyèrent.

 

J’ai fol espoir que de sa racine, son arbre descendant prenne bonne racine même si l’engrais d’aujourd’hui n’incorpore que des herbes folles à faire du vide. Le temps fera ouvrage…

 

L’arbre est tombé mais en mon cœur fendu, il vit jusqu’à ma dernière feuille d’écriture…

 

 

Aujourd’hui, le carambar ne rigole plus, seul le souvenir maintient ce lieu où il émerveilla ceux qui ont eu cette opportunité de le connaître…

 

Cet arbre, mon frère, mon protecteur depuis mon premier souffle, qui a franchi ce pont de l’invisible, où les arbres doivent resplendir de là-haut, offrant de leurs branches, une ombre épanchée que l’on nomme ange gardien…

 

L’arbre est tombé, en partage, bien mieux qu’un bout de bois, son amour météore…

 

En attendant, dans ce manteau d’enfance, aux souvenirs en lumière, je commémore l’arbre tombé, neuf mois en mer…

 

 

 

Partager cette page

Repost 0
Published by Troubadour - dans Bernard